Batia Suter manipule numériquement des images de bâtiments et d’artefacts puisées dans des livres et des magazines anciens, et les assemble dans un montage dynamique prenant la forme d’une installation monumentale au sein des Cryptoportiques – dans un espace spécifiquement conçu par l’architecte Sami Rintala.
Dans le sillage de la théorie des affects, Suter sonde ces moments qui suscitent inconsciemment en nous une émotion ou qui nous interpellent, transformant la rencontre avec l’objet photographique en un voyage visuel.
L’installation fonctionne selon les principes de la construction et de la déconstruction. La manipulation numérique est employée à des fins d’exploration des mécanismes de tension entre la spécificité des structures formelles représentées et l’universalité de l’expérience architecturale dans sa dimension humaine.
Cette narration spatiale révèle le pouvoir symbolique du langage visuel de l’architecture qui façonne nos savoirs ancestraux et nos modes de pensée. Les bâtiments, souvent semblables à des structures amorphes, évoquent par leurs façades des visages : ils suscitent un sentiment d’étrangeté, interagissent comme s’ils étaient animés, créant une tension sous-jacente et une légère dissonance.
Si les constructions modestes évoquent l’ingéniosité, la résilience des communautés à travers leur capacité à s’épanouir tout en dépassant les contraintes, et les solutions créatives que la notion de nécessité induit, le récit se charge d’une toute autre signification lorsqu’il s’agit d’être confrontés à des monuments imposants, s’érigeant en véritables temples de la culture savante. L’impact visuel s’accompagne alors inévitablement d’un sentiment de pouvoir, d’autorité et de contrôle, prenant parfois la tournure d’une histoire ou d’une idéologie imposée.
En contrepoint, un écran affiche une mosaïque cinétique constituée d’une déclinaison de récipients alimentaires, prototypes en plastique servant de métaphore à une culture vivante et évolutive, qui se façonne et se développe perpétuellement : un artefact inévitablement corrélé à une fonction humaine.
L’installation se mue en réceptacle propice à accueillir l’expérience humaine, à la refléter tant à l’échelle microscopique que macroscopique. Elle nous incite à penser tour à tour le monde qui nous entoure, la nature constitutive des structures que nous concevons, dans lesquelles nous vivons et avec lesquelles nous interagissons, et la manière dont ces constructions influent jusqu’à notre place dans le monde.
Francesca Marcaccio Hitzeman
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